Situation
Occupée dès la préhistoire puis fortifiée à l'époque gallo-romaine, Venasque prend toute son importance durant le haut Moyen Âge : pour assurer leur sécurité, les évêques de Carpentras se réfugient dans ce village du cœur vauclusien, construit sur un éperon rocheux et fortifié d’édifications défensives. La tour du Pinet y joue un rôle crucial par sa position dominante, permettant de surveiller la route. Venasque devient le siège de l'évêché, statut qui marquera durablement la région, puisque le nom même du village donnera naissance à celui du Comtat Venaissin. Ce territoire deviendra en 1274 une possession pontificale, à 6 km de l'abbaye de Sénanque.
À 450 m d’altitude et à 20 km du mont Serein, la localité jouit d’un climat plus frais que les plaines provençales. Aujourd’hui, le village compte environ 1000 habitants. Il est situé à 45 min de la gare Avignon TGV, 40 min de la Cité des Papes et 20 min de Carpentras et de Gordes.
Description
Ses murs, à la solide épaisseur, ceignent quatre niveaux dont le dernier ouvre sur le gardien des lieux : un genévrier cade qui est venu, il y a 550 ans, animer la terrasse sommitale. Depuis ce toit plat, la vue embrasse le panorama provençal des dentelles de Montmirail au mont Serein sans obstacle aucun. Par temps dégagé, le regard atteint jusqu’au pic Saint-Loup.
À l’intérieur, c’est l’art de vivre du repliement. Et il aura fallu deux millénaires pour que la tour cède son vocabulaire de l’art de la guerre pour celui de la paix. La lumière atteint le centre des pièces par les étroites pupilles que sont les meurtrières. La tour est à elle seule une dédicace à l’intériorité, une intériorité franche et sans secrets par la grâce des liens particuliers qui raccordent les niveaux. Les imposantes cheminées sont autant de promesses de flambées rassérénantes lorsque le temps devient plus frais et permettent d’étirer la saison estivale jusqu'en son cœur.
Les terrasses qui l’entourent sont ombragées d'arbres d’essences locales tels que des chênes verts. Ils façonnent et ornent des espaces de détente, que ce soit pour pratiquer la sieste de mi-journée, près du bassin d’agrément, ou pour organiser des repas à portée du ciel. À deux pas, en contrebas, une bergerie, adossée à la roche, offre abri à une chambre supplémentaire avec salle d’eau ainsi qu'à un petit atelier.
La tour de guêt
Elle présente une surface au sol d'environ 33 m². Chaque niveau a été aménagé en une ou plusieurs pièces de l'habitation, d'une surface moyenne de quelque 25 m². C'est un escalier en vis en larges pierres calcaires qui permet d'accéder au premier étage, occupé entièrement par le salon. Il est relayé par un escalier en vis à noyau constitué d'un unique imposant mât de pin, qui épingle les trois niveaux supérieurs d'un seul tenant. Les marches, en chêne, s'étaient sur le mur puis se poursuivent vers le deuxième étage, suspendues grâce à un élégant barreaudage de fer forgé.Le rez-de-chaussée
La porte d'entrée est située du côté oriental. L'épaisse muraille qui constitue cette façade porte la cicatrice du départ d'anciennes pannes, laissant à penser qu'un abri pour le bétail y était adossé. La porte ouvre sur un bref hall au sol en dalles calcaires, qui dessert une cuisine équipée avec sa pile provençale, une salle d'eau, des toilettes et un petit débarras aménagé sous l'escalier. Le sol est pavé de carreaux en terre cuite clairs et rectangulaires.
Le premier étage
Il ouvre sur le salon, accueillant avec sa cheminée fonctionnelle, large et magistrale par ses colonnes d'ordre dorique. Même si cet élément n'est pas d'origine, la justesse de ses proportions et de son matériau (la pierre) joue parfaitement l'illusion temporelle. Le sol est en dalles calcaires carrées et le plafond fait de larges poutres qui alternent avec des parefeuilles de terre cuite claire. En outre, le salon possède une baie qui accède à l'ouest sur un balcon et son escalier vers le jardin. Lui est adjoint un épais contrevent en chêne régulièrement clouté, à double pli, aux pentures absolument en accord avec le style architectural de la tour. L'ouverture permet d'entrevoir l'épaisseur démesurée des murs en pierres jointoyées, de 1 m en moyenne.
Le deuxième étage
L'escalier en vis ouvre ensuite sur la chambre principale, qui possède elle aussi sa cheminée, aux proportions équivalentes à celles de la précédente, également adossée et supportée par deux colonnettes monolithiques. Un poêle à bois lui a été ajouté qui fournit le chauffage d'appoint nécessaire lorsque les températures automnales se font sentir. La chambre a la particularité d'ouvrir via une baie qui surplombe la précédente sur un balconnet, d'où le regard embrasse une vue des plus agréables sur les cimes occidentales de la chênaie.
Le sol est pavé de tomettes carrées organisées selon des motifs géométriques carrés répétés, aussi simples qu'élégants. Leurs tons forment un camaïeu d'ocres, de rouge à brun et gris.
Le troisième étage
L'escalier en vis ouvre enfin sur la deuxième chambre par l'intermédiaire d'une construction avec porte en boiserie de châtaignier, qui constitue un moyen d'isolation tant phonique que thermique. Son sol possède les mêmes tomettes que la précédente, organisées en motifs géométriques répétés. En revanche, son plafond se singularise par sa voûte de pierre de section ogivale. Deux timides meurtrières, orientale et méridionale, constituent les seules ouvertures de la chambre, à l'ambiance soustraite du monde. Cependant, c'est cette pièce qui commande le trésor de la tour, grâce à quelques marches d'une courte échelle suivies d'autant de marches de pierres.
Le dernier étage
La porte de la chambre précédente ouvre vers le ciel et accède à la toiture plate de la tour, qui forme une terrasse bordée par la partie la plus haute de ses murailles, ponctuées d'archères raréfiées. Le genévrier cade, témoin impassible à l'abri de son sein, est l'hôte des visiteurs depuis 550 ans. D'ici, le panorama est unique. Le mont Ventoux, les dentelles de Montmirail, les montagnes et vallées environnantes sont parmi les figurants des couchers de soleil comme des clairs de lune dans un environnement unique, préservé de toutes nuisances de civilisation.
La bergerie
Construite dos à la roche, elle est d'une discrétion remarquable. La bergerie se rejoint par un escalier en pierre le long d'un mur de soutènement, qui était jadis une restanque. Elle comprend une chambre double (de 12 m² environ) et sa salle d'eau (de quelque 4 m²). Le sol est fait de parefeuilles de terre cuite claire. La sobriété des murs blanchis est une promesse de fraîcheur provençale même en plein été. Un atelier attenant (d'à peine plus de 16 m²) permet de stocker le matériel de jardinage et les divers outils. La bergerie est aussi appelée "orangerie" car elle bordée d'une avancée en pierre ouverte d'une baie plein cintre en verre et fer forgé, qui permet de protéger les plantations en pots. La baie vitrée est doublée par une grille en fer forgé articulée de barreaux percés.Le bassin d'agrément
D'un volume de 40 m³, il est circulaire et constitue un point d'eau inattendu quoique intégré grâce à ses terrasses en opus incertum. Le bassin est vidé chaque saison, l'eau est stockée dans un réservoir prévu à cet effet. Un système de filtration amovible permet de maintenir l'eau propre.L'approvisionnement en eau de la tour est assuré par un système de récupération des eaux pluviales et de filtrage qui la rend consommable. L'eau potable est stockée dans un réservoir de 40 m³ également. Si le raccordement au tout-à-l'égout est ici purement impossible, la tour est équipée de deux fosses septiques de 8 m de long. La propriété dispose d'une arrivée de l'eau du canal pour l'irrigation.
Les terrains
Étendues sur quelque 7,3 ha d'un seul tenant et essentiellement situées au nord et à l'est du bâtiment d'habitation, les parcelles foncières qui forment la propriété ne sont pas clôturées. Pourvues ou non selon les cas de murets de pierre en restanques, elles sont composées de landes, de garrigues ainsi que de bois. L'un des terrains, étendu sur plus de 7 200 m², est planté de cerisiers. Ils sont en pente douce au nord et à forte déclivité au sud.Ce que nous en pensons
Un souverain sanctuaire tendu vers le ciel, inébranlable face au monde et à son bruit, qui respire une aménité sans égale. Dépouillée de tout superflu, cette échelle de Jacob porte en ses pierres deux mille ans d'histoire capables de ramener quiconque à l'essentiel en quelques minutes : goûter au silence et aux signes de l’invisible. Son ancrage et ses hautes murailles en font une retraite parfaite et, sans doute, l'un des plus hauts lieux de communion avec les éléments.
La haute construction offre ainsi sans détour le luxe du temps au cœur d'une Provence aussi enchanteresse que régénérante. Quant à la possibilité donnée par la tour d'ouvrir les yeux au milieu des nuages, c'est assurément le gage des pensées les plus fécondes et d'un envol créatif. Ce nid d'aigle saura noblement accueillir des âmes surmenées par le chaos séculier, ou qui cherchent à se retirer pour mieux se trouver.
Référence 937454
| Surface du bâtiment principal | 160.69 m² |
| Surface des dépendances | 36 m² |
| dont aménagées | 26 m² |
| Surface cadastrale | 7 ha 30 a 82 ca |
| Dont parc | 7 ha 30 a 18 ca |
| Surface totale intérieure | 160,69 m² |
Voir le Diagnostic de Performance Energétique
NB: Les informations mentionnées ci-dessus résultent de notre visite sur place, mais également des informations reçues du propriétaire actuel de ce bien. Elles n’ont vocation ni à l’exhaustivité, ni à une stricte exactitude notamment quant aux surfaces relevées ou aux époques de construction. A ce titre, elles ne sauraient engager notre responsabilité.